Quand les travaux publics embauchent des réfugiés

Par Ysis Percq - Photographe Nanda Gonzague

Depuis 2020, un dispositif mis au point par la Fédération régionale des travaux publics permet à des réfugiés d’être formés à l’Afpa de Nîmes sur des métiers en tension dans le secteur des travaux publics.

Le soleil se lève à peine. La foreuse du chantier creuse déjà activement, pilotée par trois hommes vêtus d’une combinaison blanche et d’un casque. Sur ce chantier géré par l’entreprise gardoise Cofex Méditerranée, filiale de Vinci Construction, une dizaine d’hommes s’affairent à construire les fondations d’une passerelle sur une route héraultaise. Parmi eux, il y a Atif. Âgé de 32 ans, le jeune homme est un réfugié politique soudanais arrivé en France en 2016, laissant derrière lui sa famille, son métier de carreleur et une traversée périlleuse de la Méditerranée. Il y a plus d’un an, il a signé un contrat à durée indéterminée dans cette entreprise implantée à Garons, après avoir suivi une formation en contrat de professionnalisation à l’Afpa de Nîmes. « Je suis très motivé par le travail, prévient l’ouvrier. Un conseiller Pôle Emploi m’a parlé du dispositif, j’ai donc fait une demande. Puis, j’ai passé des entretiens. » 

Intégration

Initié par la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) grâce à son organisme de formation Constructys, ce dispositif, mis en œuvre par le Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ BTP) du Gard, est dédié à l’insertion professionnelle des personnes sous statut de réfugié, ayant signé le contrat d’intégration républicaine, dans le cadre du programme national Hope (Hébergement, orientation, parcours vers l’emploi). « On a vu un intérêt majeur dans ce dispositif, explique Christophe Ruas, président départemental de la FRTP Gard. Dans les travaux publics, nous avons souvent recours aux intérimaires. Parmi eux, il y a régulièrement des employés détenteurs de titres de séjour très temporaires. Au bout de quelques mois, ils ne peuvent plus travailler alors qu’on les a formés et qu’on a vraiment besoin d’eux. Avec ce dispositif officiel d’insertion, ils deviennent qualifiés et intégrés »

La première session a débuté en janvier 2020 avec une quinzaine de réfugiés. Elle était consacrée à la formation d’ouvriers en voiries et réseaux divers. 

Depuis, trois autres ont eu lieu à l’Afpa de Nîmes pour former des canalisateurs, des coffreurs-bancheurs et une dernière mêlant plusieurs corps de métiers. La thématique dépend de l’urgence des besoins de main d’œuvre. Atif, lui, est issu de la première session. Après trois mois de cours intensifs de français en début de programme, il s’est formé en alternance chez Cofex Méditerranée. Si la FRTP incite ses entreprises adhérentes à utiliser ce dispositif, elle délègue auprès du GEIQ le recrutement et l’intégralité de l’accompagnement administratif, social et professionnel des réfugiés. « Il y a bien sûr des difficultés logistiques, de sécurité sociale, de logement et de mobilité gérées par le GEIQ dont le rôle est primordial. Les candidats montrent, pour la plupart, un désir fort de se construire une vie, de se réaliser professionnellement », affirme Florent Gianordoli, secrétaire général de la Fédération régionale des travaux publics Occitanie. 

90% d'embauche

Depuis le démarrage de Hope, le taux d’embauche des alternants atteint 90 % et aucune rupture de contrat n’a été constatée. « Bien souvent, les réfugiés quittent leur foyer d’hébergement pour être logé à l’Afpa de Nîmes durant leur contrat de professionnalisation », détaille Céline Lamouret, directrice du GEIQ BTP du Gard. Pour pouvoir ouvrir une session de formation à l’Afpa de Nîmes avec un nombre suffisant d’élèves, le GEIQ du Gard a fait entrer dans la boucle le GEIQ de l’Hérault. Ainsi, dans la session actuelle, neuf élèves de l’Hérault suivent les cours à l’Afpa du Gard, aux côtés de deux élèves nîmois, à un rythme de deux semaines de cours alternées de six semaines en entreprise. De plus, « l’Afpa de l’Hérault n’est pas dotée d’un plateau technique spécifique à l’apprentissage du bâtiment, contrairement à l’Afpa du Gard », précise Céline Lamouret. 

Après ces quatre sessions, totalisant une cinquantaine de travailleurs réfugiés formés, une cinquième session pourrait voir le jour. Elle n’est cependant pas encore bouclée. En fait, le nombre de candidats intéressés est à la baisse, alors qu’au lancement du dispositif les candidats étaient nombreux. 

1 800 euros net

L’OFII (office français de l’intégration et de l’immigration) et Pôle Emploi ont de plus en plus de mal à orienter ces personnes vers le dispositif. « Depuis, d’autres secteurs moins pénibles physiquement recrutent plus massivement. Et de manière générale, les difficultés de recrutements sont vécues par tout le monde quel que soit le secteur d’activité », constate Christophe Ruas, qui parie sur des salaires un peu plus attrayants dans le TP qu’ailleurs. « Comparés à d’autres secteurs, les salaires dans les travaux publics sont assez élevés. S’y ajoutent souvent des primes, les frais de trajet et de paniers repas. » Atif, mains calées dans d’épais gants, a pu, grâce à Hope et l’engagement de la FRTP, obtenir un logement et son permis de conduire. « Je gagne 1 800 € net par mois sans compter les primes et les frais de déplacement. Mais j’ai surtout trouvé une famille chez Cofex, » hoche-t-il de la tête. Dans le secteur du bâtiment, le soutien est important.